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Argentine - Terre de Feu - Ushuaia


de Caroline et Arnaud, 01-11-2006

Terre de feu, vers le bout du monde


Etat des lieux, etats d'ame...

Cela fait a present plus d'un mois que nous voyageons, le temps de faire le point : ET NOUS SOMMES HEUREUX !!! Foncierement heureux, heureux nomades, heureux voyageurs, heureux visiteurs ! Notre place etait ici, elle ne pouvait etre ailleurs. Notre progression est un bonheur, chaque jour nous rejouit. Faire sa lessive est une satisfaction, prendre le bus est un plaisir qui nous mene sur notre route, chaque geste quotidien nous contente. L'etat de notre ame est donc au beau fixe ! Un reve devenu realite !

Une vie au quotidien

Certains nous ont demande comment se deroulait notre vie quotidenne : tout simplement. Nous logeons dans des auberges qui sont des maisons familiales, parfois atables en famille, ou creant des tablees internationales avec d'autres voyageurs, parfois des auberges miteuses, mais toujours le bonheur de rencontrer. Nous cuisinons sommairement dans la cuisine commune, la lessive se fait a la main par economie..., une vie tout a fait normale mais ou chaque geste compte. Chercher des informations, les bonnes, chercher le meilleur prix, toujours, faire un suivi rigoureux des comptes, trouver les meilleures astuces pour se debrouiller, vivre avec quelques affaires seulement, un heureux depouillement...

Et vivre avec son sac a dos, ami fidele et maison de partout.

Deux ou trois jours passes au meme endroit et nous sentons la route nous appeler, il est temps de reprendre notre chemin...

Vers la Terre de Feu

Nous laissons derriere nous la Patagonie et faisons route vers Punta Arenas, au Chili, pour rejoindre la Terre de Feu. Notre objectif est, depuis cette ville, de rallier Ushuaia par la voie maritime.

Nous revons deja a ces mots qui chantent : Detroit de Magellan, Canal de Beagle, 50 et 60 eme hurlants et rugissants, Tierra del fuego ou de humos, Cordilliere de Darwin, Cabo de Hornos, Fin del Mundo...

Nous parvenons a Punta Arenas, port industriel sur le Detroit de Magellan. Nous retrouvons un peu de la civilisation perdue cers derniers temps. Grosse ville, commerces... Nous sautons a l'office de tourisme pour prendre des informations sur les bateaux et tout a coup la geopolitique devient realite... Nous souhaitons rejoindre Ushuaia en bateau, mais ici nous sommes au Chili... Une seule solution : un bateau de luxe, prix exorbitant, vendu pour son "all inclusive" plus que pour son programme maritime. Nous cherchons encore : un moyen, rejoindre Puerto William (ville reellement la plus australe mais qui n'a pas la taille d'une ville...) au Chili puis reprendre un zodiac quasi clandestin pour rejoindre Ushuaia... a 100 dollars l'aller ! Impossible. Nous commencons alors a discuter plus avec les personnes de l'office de tourisme qui se regroupe : pourquoi un tel manque de liaisons entre les deux pays alors que c'est un lieu tres touristique ? Parce que c'est geopolitique ... Le cap Horn est une terre sensible que les chiliens veulent proteger (non pour sa faune et sa flore ! mais pour le passage qu'il permet entre les deux oceans). Chaque pays reste ici sur ses positions : l'Argentine a l'attrait d'Ushuaia, le Chili celui du cap Horn. Les liaisons sont rares et cheres, reservees a un tourisme de luxe encore minime. Relier l'un a l'autre releve encore de l'exception... Les mots qui chantaient s'envolent peu a peu. Il faudra choisir. Les liaisons pour traverser le Detroit de Magellan en bateau existent, mais les bus de l'autre cote pour rejoindre Ushuaia eux n'existent plus...

Choisir donc entre Puerto William et Ushuaia... Le choix est evident, notre avion repartira d'Ushuaia et nous ne voulons pas payer le prix de la politique.

Nous prenons ainsi des le lendemain la route, en bus, pour aller traverser le Detroit de Magellan plus au nord et descendre la Terre de Feu par la route... Decidemment, la mer ne nous aura pas vraiment accueillis !

Les lumieres sont splendides. Nous embarquons le bus sur le ferry. Le vent nous arrache pendant que nous profitons du spectacle des dauphins noirs et blancs qui jouent avec le bateau. Puis nous remontons dans le bus ou la Terre de Feu  se devoile sous les cris... d'un film d'horreur sanguinolant... Curieux choix ! Le MP3 a fonds pour essayer de les couvrir n'y suffira pas. Etrange impression de cette pampa retrouvee dans le sang !

Encore une frontiere passee et nous retrouvons pour la derniere fois l'Argentine. Le passeport est crible de tampons du pays.

La Terre de Feu se transforme peu a peu pour laisser place aux montagnes, parfois enneigees, aux lacs et aux nuages. Nous arrivons dans la nuit a Ushuaia : grosse ville qui porte bien son nom de "ville la plus australe du monde", mais plus ville que australe !

Contrairement a certains, nous ne ressentons pas cette impression de bout du monde. Les montagnes font face (fameux Puerto William chilien...), la ville est grosse, les magasins Duty free font de la publicite partout dans les rues, les touristes portent manteaux de fourrure et bagues clinquantes, fraichement debarques de leur croisiere de luxe longeant la cote argentine depuis les chutes d'Iguazu, cocktail parfait pour "avoir tout vu de l'Argentine"...

Il nous faut chercher l'ocean et sortir de la ville pour retrouver le bout du monde. Nous louons une voiture et partons a la decouverte du Train du bout du monde (qui ne s'y trouve pas vraiment...) juste pour regarder, puis prenons la route du Cabo San Pablo, de l'autre cote, pour aller decouvrir la fameuse epave du Desdemona. Apres des heures de piste nous arrivons enfin a notre but, au bout du bout : nous sommes totalement seuls devant cette ferraille rouillee gigantesque. Elle se dresse, encerclee par le sable, sur cette plage desolee. Nous sommes a ses pieds, ridiculement petits. Nous pouvons en faire le tour, inspecter chaque faille, regarder a l'interieur, imaginer la vie a bord, tout ce qui a pu se passer, recreer le nauffrage, jusqu'a ce que la mer reprenne place, venant se fracasser contre les parois du Desdemona.

Une barraque de pecheur fume. Nous demandons a une voiture brinquebalanque qui en sort si nous pouvons camper, par prudence. il nous indique un endroit un peu plus haut, a l'abri du vent. Nous sommes donc ici chez nous !

La tente est plantee et le feu crepite : un reve d'enfant ! L'atmosphere est chargee par l'epave du Desdemona, d'ou l'on pourrait imaginer sortir des voix...

Et les 50-60 emes sont clements : un temps magnifique pour notre camping totalement sauvage au bout du monde. Le feu tiendra jusqu'au petit jour ou le soleil nous reveille. Les voix du Desdemona se sont retirees. Ce matin, c'est seulement un bateau echoue calme et ensoleille. Nous petit-dejeunons sur la plage aux allures de plat pays hollandais, en compagnie des oiseaux sauvages. Il y a vraiment des paradis sur terre...

Nous profitons de la voiture pour tenter de voir le Phare des Eclaireurs sur le canal de Beagle. Des agences vendent des tours en bateau pour aller y voir les phoques et pinguoins (mais nous savons, malgre leur dire, qu'ils sont bien peu nombreux ici a cette epoque, puisque nous les avions deja croise bien plus au nord !). Le Phare est... un phare, et le sentier qui longe le canal est truffe de detritus en tout genre : le probleme de ces pays. On paie pour aller dans les parcs nationaux, ils restent propres, mais en dehors il n'y a aucune culture environnementale, et d'ailleurs aucune poubelle ! On laisse donc ses dechets la ou on veut... Bien dommage.

Nous preparons notre viree dans le Parc de la Terre de Feu. Il n'est pas bien connu, payant..., et on a du mal a savoir ce qu'il y a a y faire pour des marcheurs... Mais la Baie de Lapataia s'y trouve, point du bout du bout argentin. Nous qui avions ete au point le plus au nord du pays, a la Quiaca, frontiere avec la Bolivie, difficile de manquer celui-ci. Nous evitons neanmoins d'y aller plusieurs jours pour camper car le temps annonce parait bien humide...

Et nous serons bien heureux de notre decision car le parc a des allures de Touari... Nous partons a l'aube avec le premier bus qui nous depose au coeur du parc. Une impression de solitude qui nous permet de rencontrer au reveil lapin patagon, aigle et autres, mais qui sera de courte duree. Alors que nous progressons sur notre sentier en silence, des cars de touristes asiatiques debarquent, se precipitant vers Lapataia. Nous nous precipitons encore plus vite, juste pour dire !!

Et le Parc sera ainsi toute la journee. Les sentiers longent les routes envahies par les voitures et les bus de tourisme. Nous bouffons la poussiere et le bruit. Et dire qu'il parait qu'on paie pour la preservation du lieu, de sa faune et de sa flore... La premiere preservation ne serait-elle pas de l'interdire aux vehicules ?...

Nous nous echappons heureusement sur le sentier qui longe le Canal de Beagle (que certains prennaient pour un lac d'eau douce...), ou nous nous retrouvons en compagnie des oies patagones, (ou le male (plus petit) protege systematiquement sa femelle (toute blanche)), des Coiques aux plumes couleur d'automne, et autres canards oranges et chevaux (presque) sauvages. Superbe : enfin ! La vegetation est curieusement luxuriante : pas vraiment ainsi qu'on imaginait la Terre de Feu ! Le soleil nous rejoint et le vent se leve, venant former des tornades d'eau. Jolie fin.

Et c'est aussi la fin de notre periple en Amerique latine (hors Santiago et Ile de Paques). Notre route s'arrete de fait par la geographie. Nous ne pouvons continuer plus au sud (meme si on aurait aime...). Les liaisons pour l'Antarctique ne sont pas encore ouvertes, et le mecene ne s'etait pas presente !

Nous changeons les dates de nos vols (super billet One World !) car nous sommes "en avance" sur les dates initiales.

C'est une enorme page qui se tourne. Une route magnifique du nord au sud. Deja des souvenirs plein la tete qui nous paraissent si loin et si proches a la fois... Un premier bout de chemin qui nous a comble. Un melange de tristesse de quitter ce bout de terre et d'excitation de continuer la route vers d'autres aventures. Ce sera la premiere fois que l'avion ne nous ramenera pas a "mauvais port"... Une nouvelle etape qui commence. Une sorte de transition culturelle avant nos pas en Asie.

Nous laissons nos hotes de choix (Gabi et Esteban) dans des embrassades chaleureuses. Ils seront nos derniers argentins et n'auront pas manque a leur lengendaire accueil.

Nous rejoignons l'aeroport, chic et moderne ou les touristes richement vetus reprennent eux-aussi leur route : nous faisons tache !

Il nous reste de l'argent argentin et rien dans le hall d'embarquement pour le depenser... Une petite envie de chocolat... Caroline donne tout l'argent a une serveuse qui a le droit de ressortir pour aller en acheter a notre place. Attente. Et si elle ne revenait pas, ce serait de bonne guerre et pas bien grave... Attente... Elle revient les bras charges de chocolats... L'Argentine resumee...

Nous nous envolons vers Santiago. L'avion va trop vite. Il projette. Il ne permet pas de voir les paysages, de suivre la route, de se situer. Il est totalement impersonnel.  Nous survolons neanmoins la Cordilliere de Darwin que nous n'avions pu voir d'en bas. Les glaciers paraissent immenses dans ce ciel degage. Heureusement, l'avion fait des etapes : Punta Arenas, Puerto Montt... Le voyage a l'envers. Pas le temps de realiser et nous arrivons a Santiago, retour a la civilisation, parait-il...


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